ACT burnout

ACT et burnout : comment accompagner l’épuisement professionnel avec la thérapie d’acceptation et d’engagement

Le burnout n’est pas un manque de volonté. Ce n’est pas non plus un simple « coup de fatigue ». C’est un effondrement silencieux, progressif, souvent invisible — y compris pour la personne qui le traverse.

Et pourtant, les chiffres sont alarmants. En France, 64 % des salariés se déclarent stressés au moins une fois par semaine en 2025, un chiffre en hausse constante. Chez les jeunes de moins de 29 ans, 55 % sont en détresse psychologique. La santé mentale est devenue grande cause nationale — et le burnout est au cœur de cette prise de conscience collective.

Pour nous, thérapeutes et coachs, cela signifie une chose : nos patients et clients arrivent de plus en plus nombreux avec cette problématique. La question n’est plus si nous serons confrontés au burnout dans notre cabinet, mais comment nous allons l’accompagner efficacement.

C’est là que la thérapie ACT — la Thérapie d’Acceptation et d’Engagement — offre un cadre particulièrement pertinent. Non pas pour « guérir » le burnout comme on traiterait un symptôme, mais pour aider la personne à reconstruire une relation saine avec son travail, ses émotions et ses valeurs profondes.

Comprendre le burnout à travers le prisme de l’ACT

Ce que le burnout fait réellement à la personne

Le burnout se caractérise classiquement par trois dimensions, identifiées par Christina Maslach à travers le Maslach Burnout Inventory : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation (ou cynisme), et la perte du sentiment d’accomplissement personnel. L’OMS reconnaît désormais le burnout dans la CIM-11 comme un « syndrome résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès ».

Mais regardons ces trois dimensions à travers le prisme de l’ACT. Ce que l’on observe chez la personne en burnout, c’est avant tout une rigidité psychologique massive :

  • Fusion cognitive : la personne est littéralement « collée » à ses pensées d’impuissance (« je n’y arriverai jamais », « c’est sans fin », « je suis incompétent »). Ces pensées ne sont plus perçues comme des pensées, mais comme la réalité même.
  • Évitement expérientiel : pour ne plus ressentir l’épuisement, l’anxiété ou la honte, la personne développe des stratégies de contrôle — surmenage paradoxal, détachement émotionnel, consommation d’alcool, isolement. Ce sont des évitements déguisés en « solutions ».
  • Perte de contact avec les valeurs : la personne ne sait plus pourquoi elle travaille. Ce qui donnait du sens a été enfoui sous des couches de « il faut », « je dois », « on attend de moi que ».
  • Inaction ou action rigide : le patient oscille entre paralysie et hyperactivité compulsive, mais dans les deux cas, ses actions ne sont plus guidées par ce qui compte profondément pour lui.

En d’autres termes, le burnout n’est pas seulement un problème de charge de travail. C’est un problème de rapport à l’expérience intérieure — et c’est exactement le terrain de jeu de l’ACT. Pour une vision d’ensemble des facteurs de risque et des mesures de prévention en entreprise, le guide de l’INRS sur l’épuisement professionnel constitue une référence incontournable.

Pourquoi les approches classiques atteignent leurs limites

Beaucoup d’approches du burnout se concentrent sur la réduction du stress : relaxation, gestion du temps, techniques de respiration. Ces outils ont leur place. Mais ils partagent un postulat implicite : le stress est le problème, il faut le faire disparaître.

L’ACT propose un renversement de perspective. Le problème n’est pas le stress en lui-même, mais la lutte contre le stress. Quand on demande à une personne épuisée de « se relaxer », on peut involontairement renforcer l’idée que ses émotions difficiles sont intolérables — et donc intensifier l’évitement expérientiel qui est au cœur du problème.

L’ACT ne cherche pas à éliminer la souffrance liée au travail. Elle cherche à restaurer la capacité de la personne à vivre pleinement, même en présence de cette souffrance — et à reprendre des actions alignées avec ce qui a du sens pour elle. Un essai contrôlé randomisé publié dans PLOS ONE confirme qu’un programme ACT en milieu professionnel réduit significativement la détresse psychologique des soignants, avec la flexibilité psychologique comme mécanisme de changement central.

Les 6 processus de l’ACT appliqués au burnout

L’hexaflex de l’ACT, avec ses six processus de flexibilité psychologique, fournit une feuille de route précise pour accompagner le burnout. Une revue systématique publiée dans le Journal of Mental Health (2022) montre d’ailleurs que les interventions basées sur l’ACT produisent des effets significatifs sur la réduction du burnout dans la majorité des études contrôlées. L’Association for Contextual Behavioral Science (ACBS) recense l’ensemble des recherches sur le sujet. Voici comment chaque processus s’applique concrètement.

1. La défusion cognitive : se décoller des pensées d’épuisement

La personne en burnout est envahie par des pensées récurrentes : « Je suis nul », « Ça ne sert à rien », « Je n’en peux plus ». En ACT, on ne cherche pas à remplacer ces pensées par des pensées positives. On aide la personne à prendre de la distance avec elles.

En pratique : invitez votre patient à reformuler « Je suis incompétent » en « J’ai la pensée que je suis incompétent ». Ce simple changement linguistique crée un espace entre la personne et son contenu mental. On peut aussi utiliser l’exercice des pensées sur des feuilles flottant sur un cours d’eau — particulièrement puissant pour les ruminations liées au travail.

2. L’acceptation : accueillir l’épuisement sans lutter contre

L’acceptation en ACT n’est pas de la résignation. C’est le choix conscient d’arrêter de lutter contre ce qui est déjà là. Pour une personne en burnout, cela signifie reconnaître : « Oui, je suis épuisé. Oui, j’ai peur. Et je peux faire de la place à ces ressentis au lieu de dépenser toute mon énergie à les combattre. »

En pratique : le travail sur les métaphores est particulièrement efficace. La métaphore des passagers du bus permet d’illustrer que les émotions difficiles (fatigue, colère, désespoir) sont des passagers qui montent et descendent, mais que c’est le patient qui tient le volant et décide de la direction.

3. Le contact avec le moment présent : sortir du pilotage automatique

Le burnout enferme souvent la personne dans un fonctionnement mécanique — elle « fait » sans être vraiment là. Restaurer la pleine conscience, c’est ramener la personne dans le présent, là où les choix sont possibles.

En pratique : des exercices courts de pleine conscience au travail peuvent être intégrés progressivement — trois respirations conscientes avant une réunion, une pause sensorielle entre deux tâches. L’idée n’est pas d’ajouter une obligation supplémentaire, mais de réintroduire des moments de présence dans un quotidien devenu automatique.

4. Le soi comme contexte : retrouver un espace intérieur stable

En burnout, l’identité se confond souvent avec le rôle professionnel : « je suis mon travail ». Quand le travail s’effondre, c’est l’identité entière qui s’effondre.

Le soi comme contexte (ou soi observateur) aide la personne à retrouver cette part d’elle-même qui observe ses expériences sans s’y confondre. « Je ne suis pas mon épuisement. Je suis la personne qui remarque cet épuisement. »

En pratique : l’exercice de l’échiquier — où les pièces blanches et noires représentent les pensées et émotions opposées, tandis que le patient est l’échiquier lui-même — est un classique puissant dans ce contexte.

5. Les valeurs : retrouver le « pourquoi »

C’est peut-être le processus le plus central dans l’accompagnement du burnout. La personne s’est tellement perdue dans le « comment faire » et le « combien produire » qu’elle a complètement perdu le contact avec le pourquoi qui la mettait en mouvement.

En pratique : un travail approfondi de clarification des valeurs est essentiel. Questions utiles : « Quel thérapeute / manager / collègue voulez-vous être, au-delà de vos résultats ? », « Si votre travail pouvait avoir un sens profond, à quoi ressemblerait-il ? », « Qu’avez-vous cessé de faire qui comptait vraiment pour vous ? ». La boussole des valeurs ou les cartes de tri de valeurs sont des outils concrets pour ce travail.

6. L’action engagée : des petits pas concrets vers ce qui compte

Enfin, l’ACT invite la personne à reprendre des actions — même petites — qui sont en cohérence avec ses valeurs identifiées. Ce n’est pas « retourner au travail comme avant ». C’est construire, pas à pas, une manière de vivre et de travailler qui respecte ce qui a du sens.

En pratique : aidez votre patient à définir un « petit pas engagé » réaliste chaque semaine. Cela peut être aussi simple que de refuser une réunion inutile (valeur : respect de soi), de prendre une vraie pause déjeuner (valeur : santé), ou de dire non à un dossier supplémentaire (valeur : authenticité). L’important est que l’action soit choisie librement et connectée à une valeur identifiée.

La Matrice ACT : un outil de choix pour le burnout

La Matrice ACT, développée par Kevin Polk (présentée en détail dans le Guide de la matrice ACT, éditions De Boeck), est particulièrement adaptée au travail sur le burnout. Sa simplicité la rend accessible même quand le patient est en état d’épuisement avancé.

Le principe : un diagramme à quatre quadrants qui aide le patient à distinguer :

  • En bas à gauche : les expériences internes indésirables (émotions, pensées, sensations liées au burnout)
  • En bas à droite : les comportements d’évitement (ce que le patient fait pour ne pas ressentir)
  • En haut à droite : les valeurs (ce qui compte vraiment)
  • En haut à gauche : les actions engagées (ce que le patient peut faire concrètement)

Pour une personne en burnout, remplir cette matrice peut être un véritable déclic. Elle rend visible, de manière concrète et non-jugeante, le cercle vicieux de l’évitement, tout en ouvrant des pistes vers une direction de vie choisie.

Le burnout du thérapeute : quand nous sommes nous-mêmes concernés

Il serait hypocrite de parler du burnout sans aborder un sujet sensible : nous aussi, thérapeutes, sommes vulnérables à l’épuisement.

Le syndrome d’usure compassionnelle, la charge émotionnelle des séances, l’isolement du thérapeute en libéral, la difficulté à remplir son agenda, l’incertitude financière — autant de facteurs qui peuvent mener au burnout professionnel, même quand on est formé à accompagner les autres. Les études montrent une prévalence de 25 à 60 % de burnout chez les professionnels de santé, selon les professions et les contextes d’exercice.

L’ACT nous offre ici un avantage précieux : en pratiquant pour nous-mêmes ce que nous enseignons à nos patients, nous développons une double compétence. Nous devenons à la fois de meilleurs thérapeutes et des professionnels plus résilients.

Quelques questions à vous poser honnêtement :

  • Quand avez-vous perdu le contact avec ce qui vous a poussé à devenir thérapeute ?
  • Quelles émotions difficiles tentez-vous d’éviter dans votre pratique ?
  • Vos actions professionnelles sont-elles guidées par vos valeurs ou par la peur ?

Si ces questions résonnent, c’est peut-être le signe qu’un travail sur votre propre flexibilité psychologique est nécessaire.

Se former pour accompagner efficacement le burnout

Accompagner le burnout avec l’ACT ne s’improvise pas. Cela demande une compréhension profonde des processus de flexibilité psychologique, une capacité à utiliser les métaphores et les exercices expérientiels avec aisance, et — surtout — une pratique personnelle incarnée.

La formation ACT : maîtriser l’approche en profondeur

Notre formation ACT pour thérapeutes et coachs vous donne les fondations théoriques et pratiques pour intégrer l’ACT dans votre accompagnement du burnout (et de bien d’autres problématiques). En 10 semaines, vous maîtrisez la Matrice ACT, les 6 processus de l’hexaflex, et vous expérimentez l’approche sur vous-même — un prérequis indispensable pour l’incarner avec vos patients.

Le ZENCAMP : une approche complémentaire par la gestion du stress

Notre programme ZENCAMP complète la formation ACT en vous donnant des outils pratiques de gestion du stress que vous pouvez transmettre à vos patients. Méditation, techniques corporelles, approches de pleine conscience — autant de ressources qui s’intègrent naturellement dans un protocole ACT pour le burnout.

Le Bootcamp : parce que votre propre burnout de thérapeute commence souvent par un cabinet vide

Si vous êtes thérapeute et que l’incertitude autour de votre activité contribue à votre propre épuisement, notre Bootcamp Marketing pour Thérapeutes peut vous aider à structurer votre développement d’activité. Parce que prendre soin de sa pratique professionnelle, c’est aussi prendre soin de soi.

En résumé : l’ACT, une approche profondément humaine face au burnout

Le burnout n’est pas un échec personnel. C’est le signal que quelque chose de fondamental s’est perdu — le lien entre ce que la personne fait et ce qui compte pour elle.

La thérapie ACT ne propose pas de recette miracle. Elle propose quelque chose de plus précieux : un chemin pour renouer avec ce qui donne du sens, tout en acceptant que la souffrance fait partie de la vie. Pour nos patients, c’est souvent le premier pas vers une reconstruction authentique. Pour nous, thérapeutes, c’est une invitation à pratiquer ce que nous prêchons.

Le burnout est un sujet complexe qui mérite une approche à la hauteur de sa complexité. L’ACT offre cette profondeur — à condition de l’avoir intégrée en profondeur soi-même. Les recherches les plus récentes confirment que les programmes basés sur l’ACT produisent des effets larges et durables sur le burnout, en agissant précisément sur la flexibilité psychologique.


Vous souhaitez approfondir votre pratique de l’ACT pour mieux accompagner le burnout et d’autres problématiques ? Découvrez nos formations pour thérapeutes et coachs et rejoignez une communauté de professionnels engagés dans une approche humaine et scientifiquement fondée.

Partager :